Mon frère ce héros !

Publié le par © Fred

 

csuquet9 avril 2000, 11h15. Il ne lui reste que 200m à effectuer avant de franchir la ligne d’arrivée de ce 24ème marathon de Paris. 200m que mon frère, Christophe Suquet, n’a failli jamais parcourir. Et pourtant... Retour en arrière.

 

Au départ de son 1er marathon, mon frère est confiant. Il s’élance avec les premières féminines, qu’il distance peu à peu. Au passage du 25ème kilomètre, je l’encourage, impressionné par son rythme : il est sur les bases de 2h22, bien devant la Belge « Renders » (qui remportera finalement l'épreuve en 2:23:43) ! Je me presse alors de rejoindre (en métro !) le 41ème km pour l’accompagner dans ce dernier km décisif. Les coureurs défilent et je ne vois pas mon frère. Incompréhension. Les premières femmes passent. Toujours rien. Puis, au loin, je le vois courir. Ou plutôt tituber ! Que lui arrive-t-il ? Il a du mal à tenir debout. Ses genoux sont en sang, preuve qu’il est déjà tombé à plusieurs reprises ! A chaque fois, il s’est relevé.

 

(Photo : arrivée du marathon de Paris, un an plus tard - 8 avril 2001- en 2h25'25'')

 

Arrêtez-le !

Ce dernier km est un véritable enfer. Je l’encourage tant que je peux mais il ne m’entend pas. Ilarrivee-mdp2000.png est dans son monde. Ou plutôt, il est obnubilé par une seule chose : franchir coûte que coûte la ligne d’arrivée. Son cerveau est conditionné par cet impératif. Il tombe une énième fois. Je l'aide à se relever. Je reste à ses côtés. Dernier rond-point avant l’arrivée. Il ne reste que 200m. Et pourtant…à ce moment là, les organisateurs nous barrent la route. « Il arrête » me disent-ils ! Comment ça il arrête ?! Vous ne pouvez pas faire ça ? J’insiste, je leur dis que cela fait des années qu’il s’entraine pour ce moment là, qu’il ne reste que 200m… « ok, mais vous restez avec lui » me lâchent-ils finalement. Un privilège rare. Je parcours cette dernière ligne droite avec lui et avec les encouragements du public. 200m qui paraissent une éternité...

 

Un Suquet non "sucré" !

A peine franchi la ligne, mon frère s’écroule et est aussitôt pris en charge par le Samu. Il restera allongé une bonne demi-heure. Au final, mon frère termine 72ème en un peu plus de 2h30, malgré cette crise d’hypoglycémie ! Erreur de débutant, il ne s’était pas alimenté pendant tout le parcours. Seul un morceau de sucre pris au 40ème km lui a permis de tenir. Seulement un morceau de sucre ? Non pas tout à fait. C’est avant tout son courage et son moral de battant qui lui ont permis de continuer jusqu’au bout. Depuis ce jour, il est devenu un véritable modèle de courage à mes yeux.

 

Hors norme !

Douze ans plus tard, mon frère est toujours dans la course à pied. Bien sûr, il ne prétend plus aligner les mêmes chronos. Mais, il conserve toujours cette volonté hors du commun. Après quelques années d’arrêt complet, il reprend la course à pied. Se relance dans le bain. L’envie de revenir sur le devant de la scène est plus forte que tout. Il s’entraine dur, les performances se font pourtant attendre. Il court encore et toujours, persévère. Il garde la foi car pour lui l'entrainement finira par payer. Cette persévérance lui donnera raison. Le 6 octobre dernier, il réalise un très joli 33’09’’ au 10km de Gonesse. Très encourageant avant les France de semi-marathon deux semaines plus tard. Malheureusement, le sort en a décidé autrement. Christophe se blesse peu de temps après. Verdict : hernie discale ! Le coup est rude, la pilule dure à avaler ! Depuis deux mois, impossible pour lui de chausser des running. Pourtant, il garde cette force interne dont lui seul a le secret. Presque tous les jours, il fait des exercices, va à la piscine, fait de l’aqua jogging. Toujours cette même volonté qui l'anime. Aujourd'hui, son courage semble enfin le récompenser : depuis quelques jours, il arrive enfin à recourir. Alors quand je vois à quel point il a cet esprit de battant, ce tempérament de guerrier, je ne peux m'empêcher de penser à cette citation de Randy Paush, qui lui sied si bien :  "Les obstacles existent pour une raison précise : ils prouvent à quel point on veut quelque chose. Et ils arrêtent ceux qui ne sont pas à la hauteur". 

 

Vidéo de l'arrivée du marathon de Christophe au Marathon de Paris 2000

 

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Oliv 16/12/2011 19:03


splendide témoignage. La volonté représente une très grande part de l'entraînement, j'en ai toujours été persuadé.

SUQUET 16/12/2011 10:27


MERCI Fred pour le dernier article parut sur ton blog: "Mon frère ce héros" n'est qu'un souvenir lointain désormais mais qui reste à jamais gravé au plus profond de ma
mémoire.
 Aujourd'hui, ton hommage à cette performance "hors du commun"  ravive cette flamme en moi et tend à me redonner un peu plus de combativité face aux obstacles de la
vie!!. Les année 2000 étaient mes années de gloires, d'insouciances et de hargnes.
L'envie de se surpasser est restée intact et le coeur à l'ouvrage n'a pas changé depuis toutes ces années.  Voilà ce que l'on ravive "anytime, anywhere, anyplace"
lorsqu'une passion nous animent.
Je ne remercierai jamais assez la course à pied pour tout ce qu'elle m'a apporté et tout ce qu'elle peut encore m'offrir...pour de longues années à venir.
Sportivement,
Christophe SUQUET 




> Message du 16/12/11 08:25
> De : "Olivier Hermouet"

Cyril 15/12/2011 23:31


Merveilleux article Fredo, que de souvenirs de ce marathon du 9 avril 2000, c'est peut-être ce jour là qu'à commencé en direct live à la TV la légende du Kenyan Blanc,
alias le Musungu ! Cyril